Entretien avec Gilles Babinet, entrepreneur, auteur, représentant numérique de la France auprès de la Commission européenne.
Renverser la table
url.jpg« La France numérique n’est pas à la place qui lui revient. Nous sommes la sixième puissance économique mondiale mais les études de différents cabinets de recherche nous placent en moyenne à  la quinzième au plan digital ! Tout l’enjeu consiste à accélérer la transformation, comme nous le préconisons dans un récent rapport de l’Institut Montaigne.
Si les signaux positifs se multiplient à travers la French Tech, la représentation de notre pays au Consumer Electronic Show, la création de l’École 42 et d’un immense incubateur à la Halle Freyssinet à l’initiative de Xavier Niel, ou encore l’investissement de Cisco en France, il reste des blocages structurels sur le financement de l’innovation qui nous empêchent de devenir pleinement un pays numérique.
De fait, les entreprises françaises ne sont pas suffisamment transformées et donc compétitives. Pourtant notre pays peut renverser la table ! Nous sommes ingénieux et toujours prêts à refaire le monde. »
Quelles solutions ?
«  Les entreprises doivent créer des stratégies importées du monde des jeunes pousses : fonder leur développement international sur les plates-formes numériques, les interfaces de programmation (API), le cloud… Cet aspect technologique n’est qu’un des quatre piliers que nous avons mis en lumière dans l’indice de transformation digitale du CAC 40 que j’ai réalisé en partenariat avec Les Échos.
Une digitalisation réussie passe aussi par l’interfaçage des relations clients et partenaires, l’écosystème avec les incubateurs et la culture d’entreprise. Au plan institutionnel et fiscal, il serait souhaitable qu’un 1 % des encours d’assurance-vie en France soit dédié à l’innovation, via un fonds dédié qui disposerait d’un portefeuille d’investissement d’environ 600 millions d’euros. »
L’apparition de directeurs du numérique, un signe encourageant ?
«  Nommer un directeur du numérique parfois sert juste à ‘masquer la poussière’. Réussir la transformation digitale demande en fait d’adresser le temps long (via les plates-formes et les API, les modèles de management, les enjeux de régulation sur les droits des données) et le temps présent (générer des gains rapides par exemple à travers un hackathon, qui motive les équipes).
L’essentiel est de définir un projet d’entreprise porté avec conviction par la direction générale. General Electric a pu ainsi diviser très sensiblement le cycle de développement de nombreux projets industriels en utilisant une méthode de développement agile. En s’ouvrant sur l’extérieur, en développant une culture du digital, en recourant à l’innovation ouverte, les entreprises françaises ont vraiment les moyens de réussir et de s’exporter. »